Accueil > Le saviez-vous


La mémoire des bienfaiteurs de l’université

dans les noms des rues proches du campus historique

Avec plus de 300 000 volumes, la bibliothèque de l’université de Caen était en 1944 l'une des plus importantes de province. Sa destruction, avec celle du palais universitaire le 7 juillet 1944, fut suivie d’un formidable élan de solidarité internationale dont la municipalité voulut perpétuer la mémoire à travers le nommage de plusieurs rues voisines de l'université : avenue de Lausanne, avenue d’Edimbourg, rue Pr. John Orr, rue du Colonel Usher, avenue Horatio Smith, etc.

rue Saint-Sauveur, la bibliothèque ruines · Juillet 1944Acquisitions et dons de livres
Rue Saint sauveur, la Bibliothèque en ruines · juillet 1944
 À la gauche du général Smith, le recteur Mazet ; au fond, Yves Guillou, maire de Caen et (à sa gauche) Monsieur Landré, professeur de langue et littérature anglaises


Cette solidarité internationale ne doit cependant pas faire oublier les actions menées par les membres de la communauté universitaire : ainsi, le premier don fut effectué par madame Desbouis, veuve de Guy Desbouis, professeur de physiologie et directeur de l'Ecole de médecine et de pharmacie depuis 1928. Relevé de ses fonctions par l’administration de Vichy en janvier 1944, il est arrêté par les nazis en janvier 1944 pour faits de Résistance. Relâché après deux mois de détention mais très affaibli, il meurt le jour même de la libération de Caen (9 juillet). Quant au pilotage de cette reconstruction, il doit beaucoup à Madeleine Dupasquier, responsable de la bibliothèque, qui fut pour cela honorée des palmes académiques (1956) et de la Légion d'honneur (1957), à une époque où les femmes étaient encore fort peu nombreuses à recevoir ces distinctions.

L'université de Lausanne fut la première à « parrainer » la reconstruction caennaise, d'où le nom de la « rue de Lausanne » aux abords du campus. À Edimbourg, le colonel Usher et le professeur John Orr fondent l'«Edinburgh-Caen fellowship ». Leurs noms furent donnés à des rues proches de la « rue d'Édimbourg », entre le campus 1 et la rue de la Délivrande. Usher, qui dirigeait le détachement des Affaires civiles stationné à Caen, avait été très marqué par la destruction de la ville. La présence à ses côtés d’un jeune étudiant en anglais qui lui servait d’interprète, André Heintz (1920-2017), n’est certainement pas étrangère à son action. Figure discrète mais incontournable de la Résistance normande, André Heintz passa ensuite deux années à l'université d'Edimbourg comme assistant avant de revenir à Caen comme enseignant, d'abord au lycée Malherbe puis à l'université (IUT), de 1965 à 1983.

Professeur à l'université de Columbia, Horatio Smith (1886-1946) avait initié à travers « The American Committee for the Library of Caen » une campagne de levée de fonds destinée à fournir 100 000 livres et 100 000 dollars à la bibliothèque. L’opération connut un succès considérable : dès 1952, 150 000 livres avaient été récoltés et transportés à Caen. La mémoire d’Horatio Smith est conservée à travers le nom de la grande avenue qui sort du campus 1 pour se diriger vers le nord de l’agglomération.
Grâce à toutes ces actions, menées à la fois aux niveaux local, national et international, la bibliothèque disposait au moment de son inauguration officielle, en 1957, de près de 338 000 volumes. Retrouvant la place qui était la sienne avant-guerre, elle était alors considérée, avec ses 170 places de lecteurs, comme la plus moderne des bibliothèques universitaires de province.

Pour en savoir plus :
« La Reconstitution des collections [de la bibliothèque] », 

André Masson, « La Résurrection de la Bibliothèque universitaire de Caen », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 1956, n° 6, p. 415-419.

Jean Quellien et Dominique Toulorge, Histoire de l'Université de Caen (1432-2012), Caen, Presses universitaires de Caen, 2012.

Télécharger la page

Dernière modification : 3 juin 2020



UNICAEN
Université de Caen Normandie
Esplanade de la Paix | CS 14032 | 14032 CAEN cedex 5