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Les étudiants de médecine au cœur de la crise

par David Boulanger

Face à l’ampleur de cette crise sanitaire, de nombreux étudiants en études de santé se sont mobilisés pour apporter leur soutien. C’est le cas de nos étudiants de l’UFR Santé de Caen dont David Boulanger, étudiant externe en 5e année de médecine, qui est intervenu aux SAMU 14 et 61, et auprès d’un cabinet de médecins généralistes.

Vous intervenez au SAMU depuis septembre 2019, quel est votre rôle ?

Je fais partie, avec 15 autres camarades, d’un pool d’étudiants sélectionnés en début d’année pour « monter des gardes ». Nous avons eu l’opportunité d’intégrer l’équipe suite à des entretiens. À partir d’un planning que j‘élabore, nous alternons à tour de rôle des périodes de garde : 20h à 8h en semaine et 8h à 8h les weekends et jours fériés. Nous assistons aux prises d’appels en salle de régulation et nous intervenons aux côtés des médecins, infirmiers et ambulanciers lors de sorties SMUR sur le terrain.

Comment vos missions ont-elles évolué à partir du mois de mars ?

Le jeudi 12 mars 2020, le Professeur Roupie, responsable du SAMU-SMUR de Caen, a convié les 16 externes du SAMU à une réunion pour nous proposer, dans le cadre de notre engagement, de renforcer les lignes de régulation pour réceptionner les nombreux appels relatifs au COVID-19. La crise n’était alors qu’à ses prémices. J’ai œuvré, en accord avec mon responsable, à mobiliser des étudiants en médecine. Pour ce faire, j’ai relayé un message d’appel au volontariat via nos groupes de promotion sur les réseaux sociaux pour venir en aide aux permanenciers de la régulation. Les personnes désireuses de s’investir ont ainsi pu s’inscrire et poser leurs questions. 150 étudiants ont répondu à l’appel !

Certains ont décidé de ne pas s’investir une fois les renseignements pris et d’autres comme les étudiants de 2° et 3° années n’ont pas pu pour des raisons administratives. Au total, ce sont 50 externes qui ont souhaité participer à la régulation sur Caen.

Très rapidement, une salle de crise COVID-19 était devenue nécessaire au SAMU…

Au début de la crise, le SAMU réceptionnait pas loin de 500 à 1 000 appels téléphoniques supplémentaires par jour. Les Assistants de régulation médicale (ARM) croulaient sous les appels et le temps d’attente pour l’appelant était estimé à 42 minutes en moyenne, tous appels confondus. Très rapidement, le SAMU a ajouté sur sa boite vocale du 15 une redirection pour les personnes appelant pour une question relative au COVID-19 afin de directement diriger l’appel vers la salle de crise. Cette organisation a permis de continuer à répondre aux urgences hors COVID-19 car les cœurs continuaient de défaillir, les voitures à s’accidenter et les bambins à venir au monde, COVID-19 ou non. C’est donc dans cette succursale que nous avons pris place, deux par deux, et selon un planning journalier réparti sur 2 périodes de 8h30 à 13H30 ou 13h30 à 19h00.

Comment avez-vous été formés ?

Dans cette salle de crise prenaient part un ARM, deux internes (des étudiants en médecine au-delà de la 6°année), un médecin urgentiste, un médecin de ville en renfort et deux externes. Les appels relatifs au COVID-19 arrivaient dans un premier temps auprès des ARM et externes, qui renseignaient de manière informatisée les données administratives, puis les informations d’ordre médical (symptômes, antécédents médicaux, facteurs de risque et de gravité, médicaments, autres personnes à risque dans le foyer, voyages et déplacements récents, type et lieu d’emploi, contact avec des malades, mesures de protection prises, contact avec un médecin pris ou non). Tout ceci permettant de faire le tri entre les personnes appelant uniquement pour des renseignements, auxquelles nous répondions et, le cas échéant, nous redirigions vert vers les numéros verts ; et les personnes potentiellement atteintes que nous dirigions vers les internes et médecins de la salle de crise qui poursuivaient les questionnements et qui donnaient les conduites à tenir et géraient les évacuations sanitaires en cas de besoin.

Présent dès le départ aux côtés des ARM, je me suis approprié le logiciel utilisé par le SAMU et j’ai rédigé une fiche récapitulative de procédure. Fiche sans cesse réactualisée selon les nouvelles données à notre connaissance. Une fois cette formation expresse faite, j’ai pu former par la suite chacun de mes camarades lorsqu’ils venaient réguler pour la première fois afin de les rendre autonomes à leur tour.

Le SAMU 61 a également fait appel aux étudiants de l’UFR Santé de Caen

Fort de cette mise en place, l’UFR Santé via le doyen Monsieur Emmanuel Touzé m’a laissé la gestion de cette régulation, puisque débutée avant les mesures prises par l’université (avant même le confinement d’ailleurs), leur permettant ainsi d’œuvrer en parallèle auprès des autres étudiants pour leurs stages, leurs cours, et tous les bouleversements que cela a suscité.

C’est donc dans ce contexte que j’ai été sollicité par le chef de service des urgences/samu/smur de l’hôpital d’Alençon afin que je mobilise également des camarades pour leur venir en aide. Une dizaine d’étudiants se sont portés s’est portée volontaires et ont a ainsi reçu de ma part le même type de formation que leurs homologues de Caen.

Au plus fort de la crise, vous avez été sollicité de toute part

Très rapidement, la pandémie a pris une ampleur, tant au niveau médical qu’au niveau sociétal, un besoin de renfort s’est fait sentir dans les hôpitaux, les cabinets de ville et les structures de santé. L’université s’est organisée et a envoyé ses étudiants vers les structures qui en ont fait la demande. J’ai ainsi été sollicité, en plus de mon implication auprès des SAMU, pour prêter main forte à un pôle de santé sur Hérouville-Saint-Clair. J'ai ainsi pu accueillir les patients, leur donner les mesures d’hygiène à adopter, et les recevoir en consultation avec les différents médecins, en présentiel comme en téléconsultation. En parallèle, j’ai poursuivi mon activité hospitalière d’externe, puisqu’affecté en médecine légale, service se devant de tourner malgré les événements, et j’ai assuré mon service de gardes aux urgences.

Comment êtes-vous mobilisé en ce moment ?

La « vague » ayant été progressive et non submersive dans notre région, les hôpitaux et équipes de soins ont pu absorber le flot régulier de malades. Ainsi, et selon le plan de déconfinement élaboré par l’État, la décision fut prise de fermer les salles de régulation et de cesser les activités de renfort mi-avril.

Avec toutefois à l’esprit qu’en cas de « seconde vague », il nous faudra être préparé à redéployer les dispositifs.

Vous n'avez pas encore terminé vos études de médecine et vous êtes déjà confronté à une crise sanitaire de grande ampleur. Comment gérez-vous cela à titre personnel ?

Effectivement, nous ne sommes pas encore diplômés et pourtant confrontés à une crise majeure. Cependant, et comme l’ensemble des Français (et plus encore), nous avancions à l’aveugle face à l’inconnu et au gré des découvertes, tant vis à vis des symptômes, des traitements et, que des prises en charge. Il a fallu faire preuve de pragmatisme et d’adaptabilité constante. Nos études ne nous préparent en rien à cela, si ce n’est à garder la tête froide.

Pour les futurs professionnels de santé que nous sommes, cette expérience a permis, à mes collègues et moi, de découvrir l’envers d’un décor très peu accessible en temps normal. Cela a pu apporter à mes collègues, l’expérience et la connaissance des rôles, missions et façons de faire du SAMU, qui sera, j’en suis sûr, un avantage dans leur pratique future. J’ai eu la chance d’être un maillon dans une organisation qui a dû se monter rapidement, face à un ennemi invisible et non connu, dans une ambiance politico-administrative sans précédent.

En étant à la tête de cette coordination, j’ai pris plaisir à endosser des responsabilités, mais j’ai surtout eu le plaisir de voir à quel point mes collègues ont su répondre présents et en masse pour aider et ceci sans intéressement - car non rémunéré -, en faisant passer leurs révisions au second plan, et parfois en devant s’éloigner de leur famille ! Ils ont donné de leur temps, ils sont sortis de leur zone de confort en se rendant disponibles dans des structures jusqu’alors inconnues mais pourtant névralgiques et ils se sont confrontés à la détresse, l’angoisse, la peur et parfois les drames générés par cette pandémie.

J’ai été honoré de pouvoir me rendre utile par toutes mes implications, mais j’ose espérer ne plus avoir à l’être à nouveau dans ce contexte !

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Dernière modification : 18 mai 2020



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